Le carnet bleu de Carlo contenait mon avenir écrit avant même que je ne le lui avoue.
Parfois, ce n'est ni un sermon, ni un argument brillant, ni une expérience émotionnelle isolée qui provoque une conversion. Parfois, la conversion survient parce que la réalité nous frappe de plein fouet, d'une manière inévitable. Pour Juliana Santoro, cette réalité s'est manifestée sous la forme d'un cahier en carton bleu aux pages jaunies et à l'écriture adolescente. Ce n'était ni une théorie, ni un sentiment. C'était un cahier.
L'histoire est si poignante car elle débute dans le contexte le moins religieux qui soit : celui d'une adolescente élevée dans un milieu intellectuellement hostile à la foi. Juliana n'était pas une jeune fille indifférente, mais au contraire profondément convaincue que la religion appartenait au passé. Elle venait d'un foyer où la science occupait non seulement la place du savoir, mais aussi celle de l'identité familiale. Dans ce contexte, la foi était presque synonyme de faiblesse intellectuelle. C'est pourquoi la présence de Carlo la perturbait autant.

Il n'était pas bizarre au sens caricatural du terme employé par ses camarades. Brillant, gentil, patient, il parlait d'informatique, de jeux vidéo et de l'Eucharistie avec une conviction absolue. Cette combinaison était déconcertante, car elle sortait des sentiers battus. Il n'était pas un jeune homme détaché du monde, mais plutôt un adolescent pleinement ancré dans son époque et, simultanément, mystérieusement attiré par quelque chose de bien plus grand.